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vendredi 13 juillet 2007

Absurdité de l'existence!


Pour certains de mes camarades angoissés :

« J
e me disais : Donnons quelques larmes amères
Au poète qui suit de sublimes chimères,
Fuit les cités, s'assied au bord des vieilles tours,
Sous les vieux aqueducs prolongés en arcades,
Dans l'humide brouillard des sonores cascades,
Et dort sous l'aile des vautours.

Hélas! toujours au bord des lacs, des précipices,
Toujours comme on le peint devant ses frontispices,
Drapant d'un manteau brun ses membres amaigris,
Suivant de l'oeil, baigné par les feux de la lune,
Les vagues à ses pieds mourant l'une après l'une,
Et les aigles dans les cieux gris.

Quelle vie ! et toujours, poète suicide,
Boire et boire à longs flots une existence acide ;
Ne donner qu'à la mort un sourire fané ;
Se bannir en pleurant loin des cités riantes,
Et dire comme Job en mille variantes :
O mon Dieu ! pourquoi suis-je né ?

Oh ! que je le plaignais ! ma douleur inquiète
Demandait aux passants : Où donc est le poète ?
Que ne puis-je donner une obole à sa faim !
(...)
Mais j'étouffais bientôt ma plainte ridicule ;
Je te vis une fois sous tes formes d'Hercule,
Courant en tilbury, sans regarder le ciel ;
Et l'on disait : Demain il part pour la Toscane ;
De la diplomatie il va sonder l'arcane
Avec un titre officiel.

Alors je dis : Heureux le géant romantique
Qui mêle Ezechiel avec l'arithmétique !
De Sion à la Banque il passe tour à tour ;
Pour encaisser les fruits de la littérature,
Ses traites à la main, il s'élance en voiture
En descendant de son vautour.
(...)

Un trône est-il vacant dans notre académie,
À l'instant, sans regrets, tu quittes Jérémie
Et le char d'Elisée aux rapides essieux ;
Tu daignes ramasser avec ta main d'archange
Des titres, des rubans, joyaux pétris de fange,
Et tu remontes dans les cieux. »

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